Peut-on être champion du monde avec une approche collaborative ?

L’équipe de France de Handball vient de gagner les championnats du monde en Croatie. C’est son troisième titre en 3 ans, après le championnat d’Europe et les Jeux Olympiques. En d’autres termes, elle a tout gagné !

Claude Onesta est l’entraineur de cette équipe depuis 2001. Il est l’artisan de ce palmarès, et son analyse nous semble particulièrement représentative de ce que l’approche collaborative peut apporter : permettre à chacun d’exprimer ses talents, ses compétences et ses convictions dans un cadre clair et avec des objectifs communs et acceptés par tous.  Voici donc une partie de l’interview qu’il a donné au site L’Equipe.fr (Propos recueillis par Peggy Bergère ici) :

A titre personnel, vous avez décroché les trois titres majeurs (Euro en 2006, Jeux Olympiques en 2008 et maintenant le Mondial). Jamais personne ne l’avait fait auparavant dans un laps de temps si court…
Je ne me suis pas construit comme ça. Je suis content bien sûr. Je ne vais pas dire que je ne suis pas fier de ces titres, mais je sais aussi que c’est un travail d’équipe. Sans joueur de talent, tu ne gagnes pas. J’ai juste la sensation du travail accompli. Les vertus et les principes sur lesquels on a toujours été investis continuent à avoir du sens. Quand tu construis ton métier d’entraîneur et ton parcours, tu es attaché à des valeurs, au fait que la réussite soit collective, au fait de partager la victoire avec un staff investi à 200 %. Cette construction a pris du temps, mais aujourd’hui -et je le répète, à partir du talent des joueurs-, on les a mis dans un mode de fonctionnement où ils sont de plus en plus responsable, autonomes. Dans la difficulté, ils ont la capacité de réagir. J’ai longtemps rêvé et je rêve encore d’arriver à gérer une équipe qui tout d’un coup n’a plus besoin de moi. Il n’y a pas beaucoup d’entraîneurs qui fonctionnent de cette manière. Moi, je suis heureux de vivre ces aventures humaines avec ces joueurs-là, et encore plus content de vivre avec le staff qui m’accompagne. Tant que j’aurais du plaisir et de l’énergie pour servir tout ce monde là, je le ferais. J’ai beau avoir tout gagné, c’est ce qui reste à gagner demain qui m’intéresse car ce sera l’occasion de vivre une nouvelle aventure avec les gens qui m’entourent.

Jamais l’équipe de France n’a semblé fragilisée, même dans les situations les plus délicates comme la blessure de Didier Dinart. La grande force ce collectif ne réside-t-elle pas dans ses capacités d’adaptation ?
On obtient ce résultat à partir du moment où les joueurs sont acteurs de leur performances. Quand ils sont obéissants sur des stratégies définies par d’autres, ils finissent par être en difficultés dès lors que la stratégie ne permet plus les solutions. Là, les joueurs soient en charge de leur propre jeu, nous (le staff) on accompagne, on construit, on règle… Mais eux sont en ébullition permanente sur la définition du projet. De cette manière, ils ont l’emprise sur les éléments. Il n’y a rien de pire qu’un joueur qui a la sensation de ne plus rien maitriser. Là, il devient défaillant. Tant que tu as l’impression que tu as les solutions dans les mains, tu les organises. Nous, on encadre tout ça. Si on nous avait dit à Pékin qu’on pouvait être champions du monde sans Bertrand Gille, sans Didier Dinart par moments, sans Olivier Girault et les autres, et qu’on avait acquiescé, ça aurait manqué d’humilité. Les gens qui ont vaincu la compétition depuis le début ont l’impression que ça tout s’est passé très simplement…

C’est vrai…
Parce qu’on a préparé les gens à être dans ces conditions d’autonomie, de réaction, d’adaptation. Cela ne vient pas tout seul. On a réussi à construire l’état d’esprit de cette équipe de France. Leur talent ajouté à leur force mentale fait la différence.

Un mot sur les satisfactions personnelles, Nikola Karabatic, Michaël Guigou ou encore Cédric Sohraindo, très attendu après le départ (pause internationale) de Bertrand Gille…
On est tellement tourné dans la dimension collective des choses, la capacité de réagir ensemble et de souffrir ensemble quand il le faut, que chacun a fait son boulot. J’ai fait mon boulot, le kiné a fait son boulot, Sohraindo a fait son boulot. Et l’addition de tout ce travail là fait qu’on a des joueurs capables d’exprimer leur talent. C’est pour ça que cela que tout peut paraître simple… Parce que les gens sont en place et font leur boulot sans se préoccuper de savoir s’il faut tirer la couverture à soi. A la fin, tout le monde se dit merci.
Recueilli par Peggy BERGERE, à Zagreb.

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1 commentaire

  1. Audrey

    Tellement vrai. L’entreprise a beaucoup à apprendre du sport, et le football du handball!
    Responsabiliser ses équipes et les impliquer autant que possible dans la stratégie de l’entreprise, c’est s’assurer de leur totale implication dans leur travail, leur permettre d’être plus réactifs et indépendants, donc plus efficaces.
    Et ça marche. Bravo à Claude Onesta!

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